Le 28° jour
LE 28° JOUR
Il y a des jours
comme ça, où je me dis que peut-être…oui, C’EST ENFIN arrivé…ces jours là,
alors, tout devient un signe, une évidence qui vient me confirmer le fait…une
douleur inhabituelle ? une bouffée de chaleur ?, une envie
rocambolesque ?, alors tout à coup je m’exalte, je m’hallucine, c’est
l’extase secrète. Et le doute laisse la place à l’intime conviction que là, en
moi, au plus profond de mon ventre, IL EST LÀ.
En général cela se passe (étonnant,
non ?) entre le 14° et le dernier jour du cycle… cette période est ô
combien propice au rêve chez les femmes de trente ans. Alors que le début du
cycle est une période duelle qui marque la fin du cycle précédent, mais qui
cependant porte en elle tellement d’espoir !…c’est une nouvelle chance pour
nous, un page blanche à écrire, et c’est peut-être cette page là qui va marquer
le tournant de notre nouvelle vie de femme. On vit les tous premiers jours
comme une purification nécessaire : il faut faire place nette…et même si
c’est désagréable, n’est on pas en train de préparer SON
« nid » ? Ensuite, il nous faut patienter, se préparer
doucement, laisser le temps au temps…et lorsque le bon moment est arrivé, on
s’assure d’un corps à corps opportun (bien sûr !)
Et puis on y est …on
se dit « et pourquoi pas ? » … « Pourquoi pas
maintenant ? » et « pourquoi pas moi ? ». Et voilà la
migraine ou la douleur au ventre, qui vient nous conforter dans l’idée que ces
symptômes sont inhabituels, c’est tout juste si l’espoir en nous, tellement
énorme et puissant, ne provoque pas des nausées, et si ces nausées à leur tour
ne vont pas alimenter notre scénario intérieur ! ! ! Alors on se
plait à rêver, à rêvasser, à rêver encore, de profil devant le miroir de la
penderie, on voit son ventre (ou plutôt on l’imagine) s’arrondir de jour en
jour ; on se surprend à voir la chambre d’ami métamorphosée avec des
éléphants roses sur les murs et une moquette bleu pâle toute douce …
Bientôt on échafaude
des plans de plus en plus précis et élaborés : « il va falloir
oublier le jeans pendant quelques temps » ou « que fera – t ’on de Balthazar ?…ou
encore, on s’interroge sur la façon la plus originale, la plus drôle, la plus
romantique, d’annoncer la bonne nouvelle au quasi-futur père, qui est lui
tellement loin de tout ça …. « le paquet surprise avec une tétine à
l’intérieur, ou le film « neuf mois » passé en boucle ? …plus
basique, le test de grossesse laissé en évidence sur le bord du lavabo…non, pas
très poétique…je préfère de loin le paquet surprise. Et puis le test de
grossesse, il faut d’abord le faire…et ça c’est une tout autre histoire !
The dream goes on…le
rêve acidulé continue et parfois une nausée persistante nous fait défaillir…on
se dit (on veut le croire) que c’est normal, que ça fait partie du jeu…on
croise une poussette dans la rue et rien que cela provoque un coup de chaleur
et une montée d’adrénaline incroyables, on se sent soudain conquérante,
tellement heureuse ! Et à l’intérieur notre petite voix charmeuse, celle
qu’on écoute toujours de prime abord, nous dit : « toi aussi,
bientôt…! » Bientôt la couche, le p’tit pot pasteurisé pomme-banane (le
même qu’on donnait au petit neveux il n’y a pas si longtemps : une
cuillère pour papa, une cuillère pour maman, une pour…moi, une pour papa, une
pour bébé, une pour moi…) Bientôt la nuit courte, les chagrins, le câlin,
bientôt la promenade au parc avec d’autres jeunes futures mamans, bientôt les tétées,
les vergetures, la sieste, bientôt tout cela et tellement plus encore !
Arrive le jour 28,
celui qui porte la responsabilité de notre bonheur (ou malheur ?) le jour
où la vérité (ou le mensonge) se fait jour et éclate dans toute sa splendeur.
28° jour, je t’adore, 28° jour, je te hais,
au moins autant que le 7°… 28 ° jour : comment peux tu être à la
fois aussi merveilleux et souvent si cruel ? …Bref, le 28° jour arrive
donc, avec son avalanche de désespoir. Et tout s’évanouit ENCORE dans un
torrent d’amertume rouge sombre que rien ne peut consoler : ni la promesse
d’un renouveau, ni la petite voix qui s’est mise au vert…non !? Elle est
encore là… elle chuchote, à peine audible, un rien coupable : c’est vrai
ce qu’on raconte ?… il paraît qu’on peut avoir ses règles en étant
enceinte ?… »

Commentaires
Bérénice le 19/02/2009 à 15:19:35Magnifique Evelyne, tu écris très bien et cette petite touche d'humour à la fin ... un délice! J'ai encore un grand sourire aux lèvres, attendrie, heureuse car je sais que c'est révolu tout ça mais aussi tourneboulée car je sais que ça a été difficile.
j't'embrasse